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ALBIN HODZA

ABOUT ME

 

2013 DNESP obtenu à L’École Supérieure d’Art de Lorraine, Metz

2012 Erasmus VILNIUS ACADEMY OF ARTS, Vilnius, Lituanie

2012 Master en gravure, Fundation CIEC, Betanzos,Espagne

 

Une œuvre d’art n’est pas un « objet » : une borne marquant une frontière, un sceau scellant

un pacte, ou un drapeau consacrant une conquête morale ou territoriale. Elle n’est pas le fruit

mort, opaque et muet, d’un acte révolu signant une emprise sur soi, une autocélébration en attente

impérieuse de reconnaissance. Elle se situe ou devait se situer au point de contact entre une main

tendue, se donnant librement, et une autre qui se reçoit dès lors qu’elle consent elle aussi à s’offrir.

Une œuvre n’est pas une monnaie d'échange ou un accord économiquement équilibré, et par suite nul.

Elle est un « acte » qui n’est fécond qu’à la condition pour son auteur de se retirer.

Selon le vieil adage, le créateur doit lever la main de l’ouvrage qu’il engendre pour la libérer.

S’il a su la faire à son image, elle aura la même capacité. Il lui faut assez s’effacer et céder le pas pour

pouvoir sans nécessité se plonger hors de soi, dans un au-delà non balisable, à travers d’autres vies.

 

Une œuvre n’est pas un objet, mais bien un geste et une attention — un geste esquissant un signe de salut,

une invitation vers l’horizon dégagé d’une rencontre. Elle s’offre là où se prépare et s’annonce la rencontre

dans sa vertu personnalisante. C’est par la porte d’une pensée dialogique qu’il me plaît d’entrer dans l’univers

d’Albin Hodza. Car, si toute expérience humaine (artistique ou non prétendue telle) s'éclaire de multiples

manières, il y a certainement des voies privilégiées qui se révèlent à chacun de nous et à notre mesure

pour y accéder sans encombre. Et le humble et beau mot de Buber : « Toute vie véritable est rencontre »,

dit, ce qui me semble, juste ce qu’il convient pour approcher des artistes qui, comme Albin, sont plus portés

à émouvoir qu’à mobiliser ou à contraindre.

 

L’homo dialogus est un être de désir qui ne se constitue et ne peut se réaliser que dans l’expérience

de la distance, du contact et de la présence de l’autrui. La démarche d’Albin, sa quête, si visiblement

marqué par l’expérience de la migration, du voyage et de l’introspection, rend sensible l’épreuve

de la distance et des rapports variables que nous entretenons les uns avec les autres,

et des conséquences ambigües qui en résultent.

Il nous transporte (la diversité et la complémentarité des supports et des pratiques aident)

entre les deux extrêmes de la perdition et de la rédemption. Il nous abandonne parfois à l’incertitude

de nos intuitions et de nos propres visions, ne sachant trop si nous sommes entraînés (de notre fait)

dans la chute immobile de l’objectivation, de la réification, de la séparation, de la présomption, du doute,

de la décomposition et de la vanité, ou recouvrant le sol du réel, si nous sommes mus dans l’espérance

d’une renaissance par la grâce d’un désir éclairé par l’amour.

 

 

Christophe Georgel - Historien de l'art et enseignant à L'École Supérieure d'Art de Lorraine, 2013

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